• La nuit je dors

    Un blog… Écrire. Nul besoin d'ouverture, d'incipit ou d'explication. Des textes, diverses formes, achevées ou non.

    La nuit je dors.

     

     

    Je rêve. Les couleurs générales sont d’une pureté rare. Si elles procèdent par aplat quant à leur répartition, elles sont profondes en termes d’intensité, et mates. La matité est ici source d’apaisement. Ce rêve est récurrent, amical aussi, mais le terme exact serait nécessaire. Le ciel est bleu, très clair, dégagé : il s’impose au regard avec l’évidence des cieux de l’enfance, lorsque vous étiez allongé dans l’herbe, abandonné à vous-même. Ce ciel est vaste, infini, traversé de nuages majestueux -  des villes fabuleuses sûrement, qu’un jour lointain vous visiterez. Privilège du rêve : quelque soit votre emplacement dans ce paysage, ce firmament y est présent comme vu allongé, sans horizon, nullement borné de terre et merveilleusement navigable. Il est le signe de votre capacité à la contemplation. Celle-ci est importante : il faut d’abord se perdre dans le paysage. Accorder son souffle au vent. Alors seulement vous découvrez, en même temps que la présence du vent, que vous avez un corps et qu’il se tient en haut d’une colline. Autour, l’herbe est verte, ondoyante : la brise y trace des formes géométriques curieusement hypnotiques. Le tracé du vent dans l’herbe est l’équivalent de la course des dauphins autour des navires : il accompagne. Intervient une autre découverte : le son n’existe pas. Il ne s’agit pas de silence, mais bien de l’inexistence du bruit. Puis vous savez. Il suffit juste de déplacer votre centre de gravité. Non pas de le changer en quelque lieu de votre chair, de la faire basculer du nombril vers le sexe, ou autres opérations équivalentes, mais de le déplacer hors du monde. Cette opération est très simple, un minuscule effort de concentration y suffit. Le centre de gravité se trouve éjecté de cet univers sans que cela ne vous inquiète le moins du monde, n’y même qu’une possible interrogation sur ce qu’est ce monde autre, parallèle, où vous attend ce cœur de vous-même, n’effleure votre esprit. Une fois débarrassé du point de gravité, il ne vous reste plus qu’à basculer le buste légèrement en avant puis à donner une impulsion de la pointe des pieds tout en pliant vos genoux.

    Ça y est. Vous volez.

    D’abord, ce n’est qu’un survol malhabile : vos pieds ne sont qu’à quelques centimètres du sol et vous oscillez plus que vous ne vous déplacez. Puis les choses s’organisent. Votre corps se stabilise à près d’un mètre des choses. Cette distance est définitive : vous pouvez survoler toute forme à exactement cent centimètres de cette forme, qu’il s’agisse d’un rocher, d’un toit de grange ou d’une montagne gigantesque : ce mètre est la hauteur que vous choisissez de conserver. Certains vous accuseraient de pusillanimité, voire de médiocrité - que diable, volez donc plus haut ! Mais voler, outre qu’un vertige persistant vous caractérise, ce n’est pas cela.

    Car maintenant vous percevez l’essence du vol. Pour survoler une zone du rêve, il faut d’abord en comprendre la couleur. L’argentée des ruisseaux, le jaune des blés, le brun de la terre retournée, le rouge de certaines feuilles : chaque teinte possède une intensité particulière qui nourrit votre apesanteur. Les choses sont couleurs, aussi il devient très important de demeurer à cette exacte distance du monde - un petit mètre - qui elle seule vous permet de d’intérioriser ces couleurs. Vous planez donc au-dessus des formes, de plus en plus vite, et l’univers acquiert une texture double. Il est couleurs pures, abstraites, liquides aussi, verre fondu et lumineux d’où sourdraient les mille vitraux des cathédrales aux dallages sombres, gravés d’inscriptions mystérieuses et qui maintenant, grâce à vous, ronronnent sous la caresse du soleil. L’univers est multitude de détails - découpe des feuillages, courbe des branches, trace de rosée, habitations. Car vous volez vers le monde. Vers les hommes. Des familles. Elles parlent. Elles sourient. Elles vous saluent. Vous continuez votre chemin, mais quelque chose en vous s’est transformé. Vous décidez de vous élever. Cette sensation est plénitude. Vous voilà tout en haut. Vous souriez face à l’infini, puis vous vous retournez pour contempler la terre. Vous regardez le monde.

    Vous vous réveillez.

    Le souvenir du rêve est présent. Il ne se dissipera pas. Votre sourire non plus.

    Un rêve récurrent, amical aussi, mais le terme exact est nécessaire.

     

    © Jean-Luc A. d’Asciano

    Inédit

     

     


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  • Commentaires

    1
    palikao
    Samedi 7 Mars 2009 à 13:23
    miaou, miaou miaou. miaou miaou miaou miaou miaou miaou. miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou. miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou miaou ?
    Miaou
    Palikao

    PS : Le code de sécurité vérifie que la personne qui poste est un humain et pas un robot. En est-on sûr ?
    2
    Franska
    Samedi 7 Mars 2009 à 20:49
    Ouaaaaa... Il a l'air trop bien ce texte... ça me dit quelque chose...
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